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Intervention de Anguel Tcholakov

Commission des affaires européennes — Réunion du 8 février 2018 à 9h05
Institutions européennes — Audition de M. Anguel Tcholakov ambassadeur de bulgarie en france

Anguel Tcholakov, ambassadeur de Bulgarie en France :

Et j'espère que vous répondrez aux miennes, car je souhaite que cet entretien soit enrichissant pour tout le monde. Je souhaite en particulier connaître votre appréciation du système de présidence tournante. D'aucuns le considèrent comme un facteur d'inertie institutionnelle ; en Bulgarie, nous estimons qu'il a une véritable valeur ajoutée.

Merci pour votre invitation, et tous mes meilleurs voeux pour cette année déjà bien entamée. La relation franco-bulgare est une histoire d'amitié et une alliance qui dure depuis déjà douze siècles. Dès le IXème siècle, la Bulgarie avait une frontière avec l'Empire des Francs et, à chaque grand carrefour de l'Histoire, la France nous a tendu la main - à chaque fois dans un prisme européen.

Au dix-neuvième siècle, de grandes voix françaises, comme Lamartine ou Victor Hugo, se sont élevées pour encourager notre indépendance après cinq siècles de joug ottoman. Puis la France a mis son modèle et son expertise à la disposition du jeune État bulgare. Et c'est dès le mois de janvier 1989 que François Mitterand est venu chez nous, pour le fameux petit-déjeuner avec des intellectuels bulgares. Il nous a ensuite envoyé Roland Dumas, qui fut, avant de présider votre Conseil constitutionnel, conseiller pour l'Europe de notre premier président. Enfin, quand nous avons adhéré à l'Union européenne en 2007, la France nous a encore aidés avec son expertise.

C'est donc une longue histoire d'amour que retrace le fil de cette trajectoire émotionnelle commune, écrite depuis l'origine dans un paradigme européen.

Onze ans après notre adhésion, nous prenons pour la première fois la présidence tournante de l'Union, avec une grande confiance en nous, un fort enthousiasme européen et un puissant désir d'apporter notre contribution. Nous avons fixé à cette présidence quatre priorités.

D'abord, l'avenir de l'Europe, et l'avenir de cet avenir, c'est-à-dire la jeunesse. Nous sommes à un moment de transition puisque le débat sur les nouvelles perspectives financières est entamé. Il importe de renforcer la croissance économique et la cohésion sociale européennes. Comme c'est l'année européenne du patrimoine culturel, la culture et le sport sont à l'honneur, ce qui met en exergue le soft power européen.

Il est vrai qu'à un an des élections européennes, il est permis d'être inquiet. Alors que les prérogatives du Parlement n'ont cessé de s'accroître depuis 1979, puisque cette assemblée, initialement consultative et protocolaire, est désormais co-législateur, le taux de participation aux élections européennes est passé dans le même temps de 62 % à 42 %. Aussi comptons-nous amorcer une réflexion sur les enjeux des élections européennes, afin d'y sensibiliser davantage nos concitoyens. Certains politologues les qualifient désormais d'élections de second ordre ; de fait, elles mobilisent peu et les débats auxquels elles donnent lieu sont bien souvent de portée nationale et non européenne. Le Président Macron a appelé à une grande consultation civique - et les propositions françaises trouvent toujours beaucoup d'écho chez nous.

Deuxième priorité : les Balkans. Il me semble que, sur ce thème, la présidence bulgare a une vraie valeur ajoutée, ne serait-ce que pour des raisons géographiques - mais aussi du fait de notre expérience récente. Nous devons tenir aux pays des Balkans occidentaux un discours réaliste, et tenter de les connecter à une Europe qui devient de plus en plus digitale. Sans perspective européenne claire, le risque nationaliste s'accroîtra. Pour autant, nous devons nous montrer responsables et faire des propositions réalistes, sans s'engager encore sur un calendrier, mais en traçant des perspectives. Ces pays ne sont certes pas moins européens que nous, et ils attendent depuis longtemps un message positif de notre part. Nous pouvons d'ores et déjà leur prêter assistance en matière de transport ou de formation. D'ailleurs, l'un des projets qui nous tient à coeur est la création annoncée d'une antenne de l'ENA à Sofia, sur le modèle du collège européen à Bruges. C'est très important pour la modernisation de la classe politique.

La sécurité et la stabilité de l'Union européenne sont une autre priorité, dans un contexte de gestion déficiente, en interne, des flux migratoires, et de défaillance dans le contrôle de nos frontières extérieures. Nous comptons recadrer les concepts de gestion des flux migratoires et refondre l'European Asylum Office.

Enfin, nous travaillerons à l'achèvement du modèle digital européen. Cette thématique revêt une importance croissante, dans un monde où le débat sur la protection des données individuelles et la gestion des flux occupe le devant de la scène. Vous l'avez dit, l'une de nos compatriotes exerce les fonctions de commissaire européen à l'économie et à la société numériques. Ayant épousé un Français, elle connaît mieux la France que moi-même ! Je me réjouis que vous l'ayez déjà invitée, et m'offre à vous faire rencontrer tout autre personnalité bulgare que vous pourriez souhaiter entendre.

Dans quel état d'esprit abordons-nous cette présidence ? Toute l'Europe était représentée à Sofia lorsque nous l'avons inaugurée le 11 janvier dernier. Je me suis rendu à Bruxelles la semaine dernière, et je connais bien les équipes qui y travaillent avec nous car j'ai été le sherpa pour le Conseil européen du premier Gouvernement Borissov. Nous percevons un certain apaisement face à la perspective de confier la présidence à notre pays : le temps où il y avait des divisions entre anciens et nouveaux États-membres est derrière nous. Nous serons soucieux d'inscrire notre action dans le prolongement de celle de la présidence estonienne comme de préparer celle de la présidence autrichienne.

Merci encore de m'avoir invité. J'espère que nous aurons l'occasion de nous voir de nouveau au terme de notre semestre de présidence car, plus encore que de tracer des perspectives, il est important de savoir faire un bilan ! Je souhaite aussi, d'ores et déjà, vous présenter mon adjoint, M. Tassev, ministre plénipotentiaire, qui est un diplomate expérimenté.

En France, la présidence bulgare a été lancée en Haute-Savoie, grâce à l'un vos collègues, Loïc Hervé, qui préside le groupe d'amitié France-Bulgarie du Sénat.

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