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Intervention de Anguel Tcholakov

Commission des affaires européennes — Réunion du 8 février 2018 à 9h05
Institutions européennes — Audition de M. Anguel Tcholakov ambassadeur de bulgarie en france

Anguel Tcholakov, ambassadeur de Bulgarie en France :

Je vous remercie d'avoir conduit la séance sous la forme d'une discussion, et non d'un cours ex cathedra. Nous représentons deux peuples européens entre lesquels la dimension émotionnelle est importante. La compréhension passe par l'échange. Merci aussi pour les paroles très positives adressées à mon pays, à mon peuple et à ma personne. Comme tous les ambassadeurs des pays partenaires ici, je suis, de mon côté, un amoureux de la chose française. Cela fait partie de la description du poste !

Les Balkans sont revenus dans plusieurs de vos questions. Je partage des éléments des deux points de vue exprimés. M. Sutour est un grand ami de la Bulgarie, qu'il a visitée à plusieurs reprises même lors de la longue stagnation des relations bilatérales.

Commençons par écarter une critique un peu facile : l'élargissement aurait été trop rapide. C'est possible, mais entre 2010 et 2013, lorsque la crise économique frappait les pays les plus riches, la Bulgarie -ce mouton noir - était le seul pays européen avec l'Estonie à satisfaire aux critères de Maastricht : elle affichait alors 0,7 % de déficit, une dette à 18 % et une inflation insignifiante. Ces résultats ont été obtenus au prix de sacrifices considérables de la population ; nos retraités, dont certains reçoivent 80 euros par mois, ont résisté à la dérive nationaliste. La Bulgarie reste un exemple de stabilité macroéconomique, de rigueur et de discipline judiciaire. Les gens se sont appauvris, mais sont restés européens d'esprit. Quant à notre voisin, la Roumanie, elle a connu une croissance de 8,2 % ! Peut-être l'élargissement a-t-il été trop rapide ; je crois au contraire qu'il a été un accélérateur de la prise de conscience européenne dans tous ses aspects : économique, sociétal, civilisationnel.

Il n'est pas question de fixer des dates ou de nourrir de faux espoirs. Soyons réalistes et responsables. Votre président a dit qu'il fallait sortir de l'hypocrisie vis-à-vis de la Turquie ; je dirai : sortons du silence vis-à-vis des Balkans. Nous ne pouvons leur offrir une adhésion, mais une feuille de route, davantage d'aides - avec une augmentation annoncée de 1,1 milliard d'euros - et surtout de l'espoir à une époque où l'Europe se fragmente dangereusement. Peut-être donnerons-nous ainsi du grain à moudre aux nationalistes ; mais nous avons des frères européens qui attendent un geste de Bruxelles. D'après Habermas, le simple fait d'introduire la démocratie dans le discours public contribue à la renforcer ; dans le même esprit, il convient de faire revenir les Balkans dans le discours européen. Les Français ne connaissent pas bien la région, au-delà d'une sympathie historique pour la Serbie. Relancer le débat aidera à l'émergence, dans l'opinion publique, d'une identité européenne.

Madame Harribey, votre Président a annoncé sa volonté de calquer Schengen sur les réalités du XXIe siècle ; il en va de même des critères de Copenhague qui doivent être repensés et modernisés.

Il n'est un secret pour personne que la Bulgarie souhaite depuis longtemps intégrer l'espace Schengen. Monsieur Marie, vous vous êtes exprimé de manière très franche sur la sûreté de la frontière bulgare. C'est pourtant une frontière beaucoup mieux gardée que d'autres dans son voisinage ; paradoxalement, c'est le pays le plus pauvre de l'Europe qui mobilise des ressources considérables à cette fin. Conseiller diplomatique du Premier ministre Boïko Borissov entre 2009 et 2014, j'ai pu constater que le traitement des migrants représentait une charge 4,5 fois plus importante que les retraites bulgares...

Malgré une déclaration du conseil Justice et affaires intérieures (JAI) et deux appels du président du Conseil européen de l'époque, Herman Van Rompuy, la Bulgarie n'a pas pu adhérer à Schengen. Nous continuons pourtant à jouer le jeu, ce qui a été reconnu.

La jeunesse est une priorité pour notre présidence - même si notre population est celle qui vieillit le plus rapidement en Europe - et nous lancerons une évaluation préliminaire sur Erasmus +. Je puis assurer, madame Mélot, que nous serons particulièrement actifs dans ce domaine. Il faut préparer notre jeunesse, qui sera bientôt appelée aux urnes, à la vie professionnelle. C'est l'avenir de l'Europe. Un travail pédagogique sur l'état d'esprit européen s'impose.

La Bulgarie a été fortement critiquée pour le manque de magistrats ; j'ai été entendu par le Parlement européen dans le cadre de notre mécanisme de vérification et de coopération. Certains États s'en plaignent comme d'une entrave à leur liberté, et vont jusqu'à parler de mécanisme de chantage communautaire. La Bulgarie a toujours adopté une attitude beaucoup plus constructive. Ce mécanisme est notre GPS : il nous montre la voie.

Les relations avec la Turquie, monsieur Botrel, sont une question très sensible. La Turquie est pour la Bulgarie un partenaire commercial très important. Nous avons aussi une minorité turque historique très bien intégrée, qui représente 10 % de notre population. C'est pourquoi nous envisagerons les relations avec la Turquie sous l'angle du pragmatisme, du respect et du bilatéralisme, avec une attention accrue aux libertés fondamentales, au pluralisme des médias, à la protection des ONG.

Monsieur Gattolin, j'organiserai une rencontre avec Ivan Krastev à notre ambassade.

Sur la question de la PAC, monsieur Gremillet, nous partageons la vision de la France ; je viens justement de m'entretenir sur ce sujet avec le ministre de l'Agriculture. La PAC ne doit pas être une variable d'ajustement.

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