Intervention de Franck Menonville

Commission des affaires européennes — Réunion du 19 juin 2019 à 14h15
Débat préalable au conseil européen des 20 et 21 juin 2019 en présence de mme amélie de montchalin secrétaire d'état auprès du ministre de l'europe et des affaires étrangères chargée des affaires européennes

Photo de Franck MenonvilleFranck Menonville :

Demain aura lieu un Conseil européen fondamental pour l'avenir de l'Union européenne : s'y dessinera le nouveau visage de la politique de l'Europe, qui demeure floue depuis trop longtemps. La France devra y faire entendre clairement sa voix, en particulier lors de la répartition des postes clés, en appuyant des personnalités expérimentées et reconnues.

Les élections européennes ont démontré que les attentes de nos concitoyens sont fortes ; le taux de participation, le plus élevé depuis vingt ans, en témoigne. Ce résultat, obtenu malgré une campagne courte et parfois confuse, met fin à des années de baisse systématique du taux de participation, depuis 1979, et révèle l'intérêt de nos concitoyens pour l'avenir de l'Union.

Le programme stratégique de l'Union européenne qui sera adopté demain devra respecter les engagements pris ; ainsi, des sujets tels que le changement climatique, l'environnement et la cybersécurité devront être coordonnés au niveau européen, qui est le plus pertinent, comme le montre la réussite de la coopération entre la France, l'Allemagne et l'Espagne en vue de créer un nouvel avion de chasse.

Des inquiétudes demeurent néanmoins. Dans certaines situations, les réponses de l'Europe restent trop timides. Trois points me semblent importants.

S'agissant d'abord de la montée en puissance de la Chine, la guerre commerciale qui sévit entre la Chine et les États-Unis a déjà fait une victime, la croissance, alors que Pékin pose les jalons de son projet de nouvelles routes de la soie. L'Empire du milieu est par exemple venu au secours du Portugal pour renflouer ses caisses ; il intervient également dans les Balkans, et les ports de Trieste et de Gênes, après celui du Pirée, se sont ouverts aux investissements chinois. L'Italie vient d'ailleurs de signer un accord avec la Chine dans le cadre de ce projet de routes de la soie, en mars 2019. Les investissements chinois en Europe sont passés de 2 milliards d'euros en 2009 à 37 milliards d'euros en 2016. Comment la France et Bruxelles perçoivent-elles cette offensive chinoise sur le sol européen ? Quelle sera la position de la France pour mieux défendre les intérêts européens dans ce contexte ? L'Union doit s'imposer comme force économique et faire respecter sa voix politique sur la scène internationale.

Deuxième point : le cadre financier pluriannuel 2021-2027. Il me semble important de rappeler la nécessité absolue de préserver le budget de la politique agricole commune. Les discussions qui ont eu lieu le 3 juin dernier à Bucarest ont confirmé que de nombreuses délégations ne sont pas prêtes à s'entendre sur une position commune sur la PAC à défaut d'une vision claire du budget qui lui sera alloué. La PAC étant un pilier essentiel de l'Union, la diminution de son budget aurait des conséquences dramatiques pour notre agriculture, qui est déjà éprouvée ; la France doit donc fermement s'y opposer.

Ce sujet démontre aussi les limites du budget européen : ses ressources sont insuffisantes. Ne faudrait-il pas avoir l'audace de le renforcer en créant notamment de nouvelles ressources propres ? À ce titre, je salue la création du futur budget de la zone euro, même si ses ambitions sont aujourd'hui limitées.

Enfin, ce Conseil européen se tiendra alors que le Royaume-Uni est plus que jamais dans une situation politique chaotique. Près de trois ans après le référendum, le Brexit reste au centre des interrogations. Mme May a démissionné ; le séisme a provoqué des secousses au sein même des partis, en témoignent l'effondrement des Tories et du Labour et le retour tristement triomphal de Nigel Farage aux élections européennes. Pour que ce chaos n'ait pas de répercussion sur l'Europe et sur son avenir, les Vingt-Sept doivent rester unis.

Madame la Secrétaire d'État, nous comptons sur la France pour être force de proposition et pour défendre nos intérêts lors de ce sommet crucial pour l'avenir de l'Europe.

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