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Intervention de Monique Lubin

Mission d'information Égalité des chances — Réunion du 16 février 2021 à 14h00
Réunion constitutive

Photo de Monique LubinMonique Lubin, rapporteure :

Le groupe socialiste a souhaité que le Sénat mène une réflexion de fond sur la situation et l'avenir de notre jeunesse. Il nous a paru utile et pertinent d'aborder ce sujet très vaste sous l'angle de la politique en faveur de l'égalité des chances et de l'émancipation des jeunes. Selon leur milieu familial, leurs origines sociales ou géographiques, les jeunes arrivés à l'âge adulte ne disposent pas, loin s'en faut, des mêmes opportunités d'évolution. Comment réduire ces inégalités de destin et donner tout son sens à la devise de notre République ? Il y a là un enjeu majeur de cohésion sociale pour notre pays. C'est sur ce sujet que je souhaiterais vous proposer de travailler.

Par rapport aux autres missions constituées au Sénat, il ne s'agit pas d'aborder spécifiquement les difficultés actuelles des étudiants ou les conséquences de la crise sanitaire sur les jeunes, même si celle-ci a accentué les inégalités de chances qui préexistaient. Il ne s'agit pas non plus d'étudier particulièrement les phénomènes de paupérisation au sein de la jeunesse, même si nous devrons me semble-t-il aborder le débat de principe sur les moyens d'une réelle autonomie des jeunes, au travers de ressources garanties.

Je souhaite que nous puissions tout d'abord réunir des données objectives sur la situation des inégalités liées à l'origine sociale, au milieu familial ou à l'origine ou géographique en France, sur les évolutions intervenues au cours des vingt dernières années et sur les principaux facteurs qui les sous-tendent. L'égalité des chances a suscité depuis plus de vingt ans de nombreuses mesures dans le champ de différentes politiques publiques. Il faudra bien entendu voir comment les dispositifs qui se rattachent à cet objectif ont répondu aux ambitions de départ ou peuvent être améliorés ou complétés.

La politique d'égalité des chances touche à de très nombreux domaines. Elle s'exerce à l'école et même avant l'école, pour l'accès au travail ou en vue de réduire des handicaps géographiques.

Je souhaiterais plus particulièrement étudier les dispositifs s'adressant aux jeunes hors du milieu familial, scolaire ou des structures de formation. Je pense à l'accès à la culture et aux loisirs, aux activités permettant au jeune de mieux connaître son environnement immédiat, à l'accès aux informations sans lesquelles il passera à côté d'opportunités qu'il devrait pouvoir saisir.

Ce sont autant de moyens pour le jeune qui ne les a pas obtenus dans le milieu familial, de se doter de certains acquis parfois indispensables au moment de l'entrée dans l'âge adulte. Il sera me semble-t-il intéressant de recenser les initiatives mises en place en ce sens par le milieu associatif et les collectivités, car elles méritent d'être soutenues et amplifiées. Voilà, mes chers collègues, quelques orientations pour le travail de notre mission d'information.

Nous pourrons entendre les organismes, institutions ou chercheurs qui ont particulièrement abordé les problématiques d'égalité des chances et bien entendu les responsables des politiques en direction de la jeunesse. Je crois que nous pourrons également tirer grand profit de l'audition des associations de jeunesse, et plus globalement d'ailleurs du milieu associatif spécifiquement tourné vers la jeunesse.

D'autres missions se pencheront sur des sujets tels que le malaise étudiant. Je voudrais, pour ma part, travailler sur la panne de l'ascenseur social. Pourquoi, lorsque l'on naît dans une zone géographique donnée, en zone rurale ou en banlieue, ou dans un milieu social défavorisé, l'avenir des jeunes est-il déjà écrit ? Pourquoi ne pouvons-nous pas leur permettre la même réalisation en tant qu'êtres humains ? Il existe une foule d'études sur le sujet. Je vous propose d'établir un constat, pour nous permettre d'identifier les voies d'accès permettant d'acquérir une ouverture sociale et culturelle.

Lorsqu'on atteint dix-huit ans, l'on devrait être en situation de choisir son avenir. Mais selon que l'on ait acquis ou non des connaissances, on se donnera ou non le droit de faire un certain nombre de choix. Beaucoup de jeunes se refusent encore aujourd'hui à certaines opportunités. Je compte donc vous amener à une réflexion qui pourra rejoindre celle d'autres missions : à l'entrée à l'âge adulte, doit-on se poser la question d'un capital de départ, d'un revenu garanti ? Je pense toutefois que nous devrions nous arrêter là pour ne pas empiéter sur le travail effectué par ailleurs et pour que nous puissions tous formuler des propositions complémentaires pour l'avenir de nos jeunes.

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