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Intervention de Catherine Colonna

Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées — Réunion du 19 juillet 2022 à 16h30
Audition de Mme Catherine Colonna ministre de l'europe et des affaires étrangères

Catherine Colonna, ministre :

Monsieur Vallini, la voix de la France est en effet attendue. Ce ministère est ouvert, peut-être plus que d'autres. La réforme contient aussi des opportunités de mobilités sortantes, que nous avons peut-être insuffisamment développées jusqu'ici. Elle permettra ainsi aux diplomates de rayonner, de porter des valeurs et de leur donner plus de poids au niveau interministériel. Il y a trop peu de diplomates dans les préfectures ou les rectorats, seulement des conseillers diplomatiques auprès des préfets de région - alors que, lorsque j'étais moi-même diplomate, j'avais des collègues ambassadeurs qui étaient auparavant recteurs, notamment en Autriche. Au bout du compte, c'est l'excellence de nos diplomates qui fera la différence. Je ne m'inquiète pas de leur capacité à être accueillis dans d'autres ministères.

Le pouvoir de nomination du chef de l'État, quant à lui, n'est pas modifié. Pour les agents diplomatiques de moindre rang que celui d'ambassadeur, il faudra désormais passer par un processus de vérification des compétences.

Quant à la suspension de la réforme, je serai honnête avec vous comme je l'ai été avec les représentants du mouvement : elle n'a pas lieu d'être. La réforme repose sur une ordonnance et des décrets, dont celui du 16 avril qui, curieusement, a cristallisé les oppositions alors qu'il inscrit dans notre ordre réglementaire les garanties obtenues par Jean-Yves Le Drian.

En ce qui concerne le vote des Français de l'étranger, monsieur Sido, il y a eu, c'est vrai, quelques difficultés en Chine. Je m'en suis entretenue avec mon homologue chinois, car il n'est pas normal que nos compatriotes ne puissent pas exercer leurs droits démocratiques.

Pour le reste, nous dressons un bilan très positif du vote par internet, tout comme, d'ailleurs, nos compatriotes qui l'ont utilisé et qui lui attribuent une note de 8,9 sur 10 dans les enquêtes de satisfaction. En dépit de quelques problèmes techniques, nul, ou presque, n'a été empêché de voter ; la coupure de réseau a été rétablie en quelques heures. Aucun incident n'a été reporté au second tour. Plus des trois quarts des votes ont eu lieu par voie électronique. Aussi nous songeons à développer le vote par internet pour les différents scrutins des Français de l'étranger.

Monsieur Todeschini, je rappelle que nous sommes intervenus au Mali à la demande du gouvernement malien pour endiguer l'avancée des djihadistes. La situation a évolué depuis. Un double coup d'État a eu lieu. Une junte est au pouvoir, qui s'appuie sur des mercenaires étrangers qui se manifestent plus par leurs exactions que par leur efficacité à lutter contre les groupes terroristes armés. Il était donc indispensable de réarticuler notre dispositif dans la mesure où les autorités de fait du pays considéraient que nous n'étions plus bienvenus au Mali. Cette réarticulation se passe bien. Une coordination avec les forces armées maliennes est nécessaire. Nous tenons notre calendrier et espérons avoir fini avant la fin de l'été. Sur le plan politique en revanche, nos relations sont pour le moins limitées avec la junte malienne.

Outre des canons Caesar, nous avons livré à l'Ukraine des équipements de protection,des munitions, des véhicules de l'avant blindé, etc. Je ne détaillerai pas davantage ces points parce qu'il ne m'appartient pas de le faire, mais je tiens à vous rassurer : la fourniture des canons Caesar, aussi efficaces soient-ils, ne constitue pas l'axe principal de notre effort. Nous intervenons dans le cadre du processus de coordination entre alliés, dit de Ramstein : chaque pays intervient en fonction des demandes qu'il reçoit, et nous recevons régulièrement des demandes précises, de la part de l'Ukraine, et de ses capacités.

Madame Carlotti, vous regrettez à juste titre que le pilier consacré à l'aide au développement n'ait pas été assez développé au Mali, mais le double coup d'État n'a pas permis de mener ces efforts à bien. L'éducation, en particulier celle des jeunes filles, reste pour nous une priorité. Il en va de même de l'aide alimentaire ; nous avons d'ailleurs signé un certain nombre d'accord à ce sujet au Niger. C'est ce qui va constituer la nouvelle politique africaine de la France, en complément d'éventuels accords de sécurité et de défense.

J'ajoute qu'un travail considérable a été réalisé, à votre demande et sur le fondement de la loi du 4 août 2021, pour faciliter le travail des ONG en réduisant le plus possible leurs obligations de criblage des bénéficiaires finaux.

Monsieur Gontard, j'ai demandé à l'AFD de suspendre l'instruction du projet de soutien au parc de Kahuzi-Biega en République démocratique du Congo, car ce projet soulève de nombreuses questions en effet.

Monsieur Perrin, la France n'était pas seule à demander et obtenir que le concept stratégique de l'OTAN aborde les défis posés par la Chine, qui ne sont pas que d'ordre militaire, de manière équilibrée. La Chine est à la fois un partenaire et un concurrent. L'Alliance atlantique, dont la mission est centrée sur la sécurité de la zone euro-atlantique, ne doit aborder la Chine que dans la mesure où certaines de ses positions dans l'espace indo-pacifique, comme sa nouvelle assertivité, peuvent avoir des conséquences pour la sécurité euro-atlantique.

Quant à l'Aukus, il faudra le juger dans la durée... Un nouveau gouvernement australien a été élu. Je n'en parlerai pas davantage.

En ce qui concerne l'Indo-Pacifique, notre position est réaliste et correspond à celle des pays de la région qui ne veulent pas avoir à choisir entre la Chine et nous. Il n'existe pas de logique de confrontation entre deux blocs et nous ne devons pas l'encourager. Cela ne signifie que nous devions être naïfs face à la position de la Chine : nous devons être présents, en nous appuyant sur nos territoires, nos populations, en nouant des alliances avec les pays de la zone, mais entrer dans une logique de bloc à bloc serait faire le jeu de la Chine.

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