Mission d'information organisation, place et financement de l'Islam en France

Réunion du 3 février 2016 à 15h10

Résumé de la réunion

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  • salafiste

La réunion

Source

Debut de section - PermalienPhoto de Corinne Feret

Efforçons-nous de poser des questions aux experts que nous auditionnons plutôt que de leur soumettre notre point de vue, nous aurons tout le loisir d'échanger entre nous sur les conclusions de nos travaux.

Quant à la communication envers les médias, elle est prématurée. J'ai moi-même opposé une fin de non-recevoir au Monde. Avec la rapporteure et le co-rapporteur, nous avons présenté l'objet de notre mission sur Public Sénat. Restons-en là pour l'instant. D'autant que les auditions sont enregistrées et ouvertes au public, sauf cas particulier, celui en l'occurrence de notre première invitée, qui a souhaité réserver ses propos à notre seul auditoire.

Debut de section - PermalienPhoto de Corinne Feret

Je remercie Mme Fériel Alouti, journaliste à Mediapart et auteur de plusieurs articles d'investigation très documentés sur les djihadistes et les réseaux salafistes en France, d'avoir accepté notre invitation tardive Madame, je vous propose de nous exposer les principales conclusions de votre travail d'enquête, en développant en particulier votre point de vue sur les rapports entre l'Islam institutionnel et l'Islam du réel, tel qu'il est pratiqué par la majorité de nos concitoyens musulmans. Nous aimerions également comprendre la réalité statistique et sociologique des courants sur lesquels vous centrez vos articles, notamment le salafisme, et de leurs dérives.

Debut de section - Permalien
Fériel Alouti, journaliste

La doctrine salafiste est identifiée dans l'Hexagone depuis les années 1990. Selon les estimations de la Direction générale de la sécurité intérieure, le nombre de fidèles a été multiplié par trois en cinq ans, de 5 000 à 15 000, et le nombre de mosquées a doublé : on en recensait cinquante il y a cinq ans contre une centaine aujourd'hui. Les salafistes prônent un retour à l'Islam des origines et un mode de vie rigoriste sur le modèle de celui des compagnons du Prophète et des « pieux prédécesseurs ». Ils refusent tout engagement politique dans une société non régie par les lois de l'Islam et toute interprétation moderne du Coran. Le salafisme n'est pas un phénomène propre aux zones urbaines : les communautés salafistes sont présentes sur tout le territoire, même en milieu rural ; leurs pratiques se sont banalisées. Les salafistes quiétistes, qui forment le courant majoritaire, défendent un Islam orthodoxe et une manière de vivre ultra-communautaire. S'ils ne se reconnaissent pas forcément dans les valeurs de la République, ils n'appellent pas pour autant à la lutte armée. Ce qui importe pour eux, c'est surtout de participer à la dawa, la propagande religieuse selon laquelle tout ce qui n'est pas salafiste n'est pas musulman.

Les universitaires estiment que les salafistes quiétistes s'opposent aux Frères musulmans dans la mesure où ils se définissent comme apolitiques et non violents et où ils dénoncent les dérives brutales du djihadisme. Selon le sociologue Samir Amghar, les salafistes considèrent la France comme un pays de mécréants tout en estimant préférable de ne pas aller contre les lois de la République pour éviter la fitna, c'est-à-dire la division ou le désaccord, qui représentent le plus grand danger. Visibles dans l'espace public, ils revendiquent le port de la barbe et du qamîs.

La progression du courant salafiste puise ses racines dans le repli identitaire qui affecte la communauté musulmane comme toute la société française. Les imams séduisent les jeunes en perte de repères, car ils prêchent un Islam « prêt à consommer » qui apporte des réponses simples à des questions compliquées. Rachid Abu Houdeyfa, imam autodidacte de la mosquée de Brest, estampillé salafiste, refuse toute étiquette religieuse. Il incarne un néo-fondamentalisme musulman qu'il diffuse sur les réseaux sociaux, dans des vidéos qui rencontrent un franc succès et ont davantage d'audience que les prêches de son collègue de Bordeaux, l'imam Tareq Oubrou, pourtant beaucoup mieux formé. En effet, Houdeyfa cultive la ressemblance avec les jeunes auxquels il s'adresse. Ses prêches, concrets et pragmatiques, alignent les formules qui font mouche. Lors du fameux salon de la femme musulmane, à Pontoise, il a disserté sur l'harmonie dans le couple, avec comme seule substance que la femme devait le respect à son mari et inversement, les deux ou trois mots en arabe qui ponctuaient chaque phrase garantissant la légitimité du discours.

L'imam de Brest se distingue également de ses confrères parce qu'il s'adapte à la modernité. En 2012, lors des présidentielles, il a ainsi appelé à voter pour le candidat susceptible d'être un moindre mal. Cela n'a pas échappé aux parlementaires qui, dans un rapport sur les filières islamistes, ont conclu qu'il était possible de « concilier le salafisme et l'intégration dans la société française ».

Autre raison de son succès, Houdeyfa se méfie des politiques et des médias. Contrairement à l'imam de Roubaix, Reza Khobzaoui, ou à Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, Houdeyfa n'entretient pas de relations avec les politiques et fuit les caméras. Il n'a d'ailleurs pas été convié à la nouvelle instance de dialogue avec l'Islam instituée l'an dernier. C'est une stratégie efficace pour incarner une élite alternative, à l'écart des imams officiels. À la mosquée de Pantin, un imam français, formé au Yémen et de tendance rigoriste, a qualifié Houdeyfa de « guignol », en dénonçant une ambition cachée et le souci de faire parler de lui.

Le salafisme en France est loin d'être homogène. Ce n'est pas parce qu'on porte une barbe et un qamîs, qu'on revendique le port du voile pour les femmes et qu'on fait sa prière cinq fois par jour qu'on est salafiste. Il y a des degrés dans la pratique et de nombreuses divisions dans le courant. Si le salafisme séduit une partie des musulmans français, le recours à des imams salafistes pour prêcher dans les mosquées s'impose aussi par nécessité car ils parlent français et connaissent la société française, ce qui n'est pas le cas des 300 imams détachés par l'Algérie, le Maroc ou la Turquie. J'ai rencontré la mère d'un jeune homme en voie de radicalisation. Désireux de se conformer avec rigueur aux principes de l'Islam - il ne possède ni compte en banque, ni mutuelle, ni sécurité sociale et n'accepte de travailler que pour des salafistes, il ne pouvait pas suivre les prêches de la mosquée de Fréjus qui ne sont pas en français. Il a donc préféré l'enseignement de prédicateurs à Nice, dont on ne connaît absolument pas le contenu. La maîtrise du français constitue un enjeu important. Les musulmans français ont beaucoup de mal à trouver des imams qui leur ressemblent.

En réaction aux attentats et à l'engagement des jeunes Français en Syrie, les imams salafistes ont développé un argumentaire anti-Daech. En octobre 2014, un tract de quatre pages, d'émanation saoudienne, a été diffusé sur le site de de Dine Al Haqq, une association prosélyte, qui définit le terrorisme de Daech et d'Al Qaida comme l'ennemi numéro un de l'Islam. Après les attentats de novembre, quinze prédicateurs salafistes ont associé leurs voix à ce mouvement en signant un communiqué. Sans compter ceux qui ne souhaitent pas se revendiquer salafistes et qui préfèrent garder le silence plutôt que d'avoir à subir une perquisition et l'assignation à résidence.

Pour contester les valeurs non orthodoxes et refuser l'interprétation moderne des textes, le salafisme est-il l'antichambre du djihadisme ? Pour le politologue Gilles Kepel, le glissement est possible, si ce n'est inéluctable, car il y a rupture avec la culture fondamentale. D'autres universitaires estiment au contraire que le courant développe des principes qui empêchent le passage à l'acte. Raphaël Liogier, un sociologue et philosophe qui dirige depuis 2006 l'observatoire du religieux, explique que le fondamentalisme est religieux et non politique depuis quinze ans. Les salafistes recrutent sur le même marché que Daech et retiennent les jeunes comme dans un sas. Pour le psychanalyste Patrick Amoyel, qui dirige l'association niçoise « Entr'Autres » spécialisée dans la déradicalisation des jeunes, le discours des salafistes quiétistes peut servir de rempart s'il est solide et bien construit. Beaucoup de jeunes ne passent pas par le salafisme avant de rejoindre Daech ou le front al-Nosra. Pour eux, les quiétistes sont des bouffons ; leur réaction est comparable à celle des maoïstes devant les communistes qui venaient leur expliquer que le pouvoir devait être pris par les urnes, et non par la révolution. Dans certains cas, que les universitaires jugent minoritaires, le salafisme ne parvient pas à retenir ses fidèles. La drogue, l'isolement, les difficultés familiales ouvrent la porte à une radicalisation politique parfois violente. Cependant, le djihad ne se résume pas à Daech ; il faut en distinguer la version idéologique, qui peut être de reconquête, et la version armée, sans quoi on passe à côté du problème.

Dans sa thèse publiée en 2015, Alexandre Piettre rend compte de ses travaux de terrain sur le renouveau islamique dans les quartiers populaires - ils sont assez rares en France. La communauté musulmane ne se sent pas représentée par le conseil français du culte musulman (CFCM), pas plus que par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), fondée par des musulmans qui ont émigré dans les années 1980 et qui sont désormais déconnectés de la jeunesse. Les ONG comme Baraka City ou les associations comme BeurFM ou Banlieue Plus ont beaucoup plus de légitimité.

Debut de section - PermalienPhoto de Nathalie Goulet

Je vous remercie pour ce tableau qui nous est très utile. Nous connaissons mal les musulmans en France, alors que le sujet est présent au quotidien. Selon vous, la mission que nous menons est-elle légitime ? Elle a été plutôt bien reçue par les associations et les réseaux sociaux. Vous nous avez dépeint une communauté non homogène. Comment percevez-vous le contrôle de l'UOIF et du CFCM sur la communauté musulmane ?

Debut de section - PermalienPhoto de Michel Amiel

Quelle est la sociologie du salafisme ? Le mouvement touche-t-il toutes les couches de la société ou se concentre-t-il sur les plus défavorisées, dans les cités ? La dawa implique-t-elle un prosélytisme orienté vers les non musulmans ? Enfin, parle-t-on dans les courants salafistes d'un djihadisme pacifique, frôlant l'ésotérisme ?

Debut de section - PermalienPhoto de François Grosdidier

Pourriez-vous approfondir la structuration du salafisme ? Est-elle associative ou s'agit-il d'une mouvance relayée de manière informelle sur les réseaux sociaux ? Quid du CFCM tenu par des organisations sous contrôle étranger peu légitimes auprès des jeunes ? de l'UOIF dont on dit qu'elle est affiliée aux Frères musulmans ? Quel est le jeu des puissances étrangères et notamment des pays du Golfe, opposés aux Frères musulmans ? Ces deux courants sont-ils à égalité en termes de difficulté d'intégration dans la société française ?

Debut de section - Permalien
Fériel Alouti, journaliste

L'Arabie saoudite est en conflit avec les Frères musulmans. On connaît son soutien au coup d'état d'Al-Sissi en Égypte pour se préserver de l'arrivée de Morsi au pouvoir. Les Saoudiens ont pris leurs distances avec l'Islam politique depuis que des attentats ont été commis sur leur sol. Ce qui importe, c'est leur position vis-à-vis de l'Iran. Daech est au second plan. D'où une propagande qui place les Frères musulmans au même rang que l'État islamique et le front Al-Nosra. L'État islamique a adopté une idéologie takfiriste qui veut que sa proclamation passe forcément par un affrontement violent avec l'Occident. Les Frères musulmans ont toujours été favorables à la légalité pour que les musulmans jouent pleinement leur rôle politique dans la société, qu'elle soit musulmane ou étrangère. L'UOIF me donne l'impression d'être en perte de vitesse, sans que ce soit forcément le cas partout. Il est rare qu'un musulman pratiquant se définisse comme un frère musulman, car l'organisation est politique, alors que les quiétistes privilégient la pratique religieuse.

Debut de section - PermalienPhoto de François Grosdidier

L'UOIF se définit comme une association cultuelle. Elle ne revendique aucun rôle politique.

Debut de section - Permalien
Fériel Alouti, journaliste

C'est parce que les Frères musulmans ont mauvaise presse en France que l'UOIF a toujours refusé ce lien. Pendant longtemps, les salafistes ont rechigné à créer des associations, à s'organiser, à s'impliquer dans les organes cultuels des mosquées. C'est de moins en moins le cas car il y a de plus en plus d'imams et d'organisations d'obédience salafiste. Le mouvement fonctionne depuis plusieurs années par petits regroupements d'individus.

La forme la plus noble du djihad est intérieure : il s'agit du combat d'un individu pour choisir dans sa vie quotidienne entre le bien et le mal. Les djihadistes déforment cette vision en défendant un djihad guerrier. Patrick Amoyel définit également un djihad de conquête, qui consiste pour les salafistes à imposer progressivement leur manière d'imaginer le vivre ensemble en France.

Quant à cette mission, je regrette qu'elle arrive dans le contexte post-attentats. Il aurait été plus apaisant de l'organiser il y a trois ou quatre ans. Elle peut être l'occasion de recevoir des personnalités musulmanes qui sont d'ordinaire peu exposées. La communauté musulmane est très divisée. Dans l'Islam, il n'y a pas de hiérarchie religieuse : ni consistoires, ni clergé.

Debut de section - Permalien
Fériel Alouti, journaliste

À mon avis, on parlera différemment de l'Islam dans cinquante ou soixante ans. Cette religion est apparue en France dans les années 1960, quand les chibanis venus travailler dans les usines françaises au sortir de la guerre ont voulu organiser leur culte. Laissons le temps au temps. Le gouvernement français a joué un rôle direct dans l'établissement d'un lien entre les mosquées et les pays d'origine : il pensait qu'un imam algérien, marocain ou turc, payé par son pays d'origine serait d'autant plus contrôlable qu'il n'était pas indépendant.

En ce qui concerne la dawa, les salafistes considèrent que ceux qui ne pratiquent pas leur Islam ne sont pas de vrais musulmans. Par conséquent, on parlera également de conversion dans le cas d'un musulman qui choisirait de devenir salafiste alors même qu'il pratiquait auparavant l'Islam traditionnel. Les convertis sont souvent plus royalistes que le roi. On le constate dans toutes les religions, que l'on soit bouddhiste, juif ou catholique.

Debut de section - PermalienPhoto de Jacques Grosperrin

Pour les salafistes quiétistes, la France est un pays de mécréants. Croyez-vous que les atermoiements de la classe politique ont favorisé cette image ? Vous avez également parlé d'un « Islam modéré ». Est-ce à dire que, dans son ensemble, l'Islam ne serait pas modéré ?

Debut de section - Permalien
Fériel Alouti, journaliste

L'« Islam modéré » est l'expression d'usage en France. Le seul Islam que l'on accepte dans ce pays est un Islam soft où la pratique se résume à manger un couscous le vendredi. Nous entretenons un rapport complexe à la religion. La question ne se poserait même pas aux États-Unis. Nos politiques cultivent une tendance à vouloir différencier un bon et un mauvais Islam.

J'ai vécu trois ans dans les quartiers nord de Marseille. C'était autrefois le fief du parti communiste, de sorte que la municipalité a délaissé cette partie de la ville. Les socialistes sont arrivés au pouvoir dans les années 1980, le clientélisme s'est développé, le trafic s'est installé. La population est dégoûtée par les politiques et ne va plus voter qu'en échange d'un logement social ou pour donner une voix au Front national. Il y a de moins en moins d'associations et de subventions. L'affaire de Sylvie Andrieux a causé beaucoup de tort aux associations de terrain. Les éducateurs se font rares. Beaucoup de jeunes qui ont eu un parcours de délinquance s'investissent dans l'Islam après être passés par la case prison. Ils y trouvent des réponses simples et un cadre de vie. On ne peut pas généraliser, évidemment.

Debut de section - PermalienPhoto de Corinne Feret

Nous vous remercions pour cette présentation éclairante.

Debut de section - PermalienPhoto de Corinne Feret

Nous avons le plaisir et l'honneur d'accueillir Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l'Orient mais aussi président de l'Institut libre d'étude des relations internationales, où il a succédé à d'illustres prédécesseurs comme René Cassin, Edgar Faure ou Raymond Barre. Il bénéficie d'une expertise très large sur le monde arabo-musulman et ses rapports avec les différentes cultures du monde méditerranéen.

Après un exposé liminaire d'environ quinze minutes sur les lignes de force qui traversent le Moyen-Orient et la manière dont elles se reflètent sur l'Islam en France et la communauté musulmane, nous vous adresserons une série de questions.

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

En un quart d'heure, l'exercice relève du funambulisme intellectuel... Quand les choses vont mal au sein d'un couple, la faute en revient souvent, sinon toujours, aux deux partenaires. La présence de l'Islam en France est ancienne, elle remonte au colonialisme ; mais la plupart des musulmans de notre pays, nous sommes allés les chercher dans les années 1960 pour pourvoir aux besoins de l'industrie - l'automobile, la sidérurgie mais surtout le BTP - en main d'oeuvre non qualifiée et non spécialisée. Plus spécifiquement, nous sommes allés les chercher dans les villages, au bled, et non dans les villes. Les termes du contrat étaient clairs : ils venaient, ils travaillaient, touchaient leur salaire et s'en retournaient.

La première rupture au contrat a été le regroupement familial : après avoir touché son salaire, l'immigré restait, faisant venir en plus sa famille avec lui, et notamment son épouse, voire ses deux, trois ou quatre épouses, complaisamment enregistrées par l'administration comme cousines, brus, voire filles. Néanmoins, la loi républicaine et le droit associatif apportaient un encadrement rigoureux. Certains jeunes, en arrivant, ont monté leurs propres entreprises, surtout les Algériens ; quant aux Marocains et aux Tunisiens, nombre d'entre eux ont, grâce à la chaîne familiale, ouvert ces commerces que nous nous félicitons de voir ouverts tard le soir.

La deuxième rupture fut la libération du droit associatif en 1982 : pour mettre sur pied une association, plus d'enquête de moralité ou financière, mais un simple devoir d'information à la préfecture ou à la sous-préfecture. On est ainsi passé de 450 associations à dénomination islamique ou musulmane en 1982 à 1 574 en 1985. La troisième génération des français musulmans est passée du droit à la ressemblance au droit à la différence. Désireuses d'une rapide intégration, les deux premières ne parlaient ni du pays d'origine ni de l'Islam. Les jeunes de la troisième se sont vu dire qu'ils étaient français, mais musulmans.

Troisième rupture, la déstructuration identitaire et familiale. Très vite, ces adolescents se demandent qui ils sont, étrangers sur les deux rives. Ils se révoltent, davantage contre leurs parents que contre la République ; d'autant qu'après avoir entendu, depuis leur naissance, que seul existait le pouvoir patriarcal, ces adolescents voient leur soeur, qui a étudié et réussi à l'université, trouver du travail tandis que leur père et leur frère sont au chômage. Des gens comme Khaled Kelkal, dont on a fait un symbole du mal-être des musulmans en France, cherchaient en partie à regagner ce pouvoir patriarcal. C'était un terrorisme national plutôt que religieux, à travers le Groupe islamique armé (GIA).

Ne confondons pas islamisme, salafisme, djihadisme - quant à la confusion entre l'arabe et le musulman, après quarante ans à tenter d'expliquer que seulement un sixième des musulmans dans le monde sont arabes et que 15 % des Arabes ne sont pas musulmans, j'ai renoncé... Chez Chateaubriand, « islamisme » est sur le même plan que « catholicisme » ou « judaïsme ». Un islamiste, dans la définition qu'en ont donné les chercheurs, veut réislamiser le champ social, judiciaire, et économique par le haut et vise la conquête du pouvoir ; bien au contraire, un salafiste n'est pas intéressé par le pouvoir politique et ignore les frontières. Il prend à la lettre l'expression coranique qui désigne Mohammad comme le « sceau des prophètes », venu parfaire la révélation apportée aux juifs, aux zoroastriens et aux chrétiens mais dévoyée ; toute la planète a donc vocation à devenir muslim - non pas « soumis à Dieu » comme on le traduit parfois, car l'Islam n'est pas forcément la soumission ; voyez l'Islam des Lumières en Andalousie, la Maison de la sagesse à Bagdad...

Pour le moment, nous sommes en plein radicalisme, dont procède le salafisme. Mais c'est de notre faute... Dans les années 1950, nous avons choisi l'alliance stratégique avec les salafistes plutôt qu'avec le républicain Nasser. Par le même processus, nous diabolisons désormais l'Iran - or s'il me fallait choisir d'aller vivre dans ce pays ou en Arabie saoudite, je n'hésiterais pas une seule seconde. C'est un héritage de l'époque où le monde était divisé en deux. Les Américains nous ont entraînés dans une alliance stratégique avec l'Arabie saoudite au moment même où dans le monde musulman s'installaient des « ruptures de représentativité » - bel euphémisme pour désigner les dictatures. Seuls les lieux de culte conservaient une certaine liberté ; nous avons alors fait venir des prêcheurs saoudiens chez nous et, avec eux, l'Islam radical. Et nous continuons à présenter le royaume comme notre seul allié stratégique dans la région ! Notre âme n'est pas à vendre : elle est déjà vendue... Ah, la realpolitik !

Depuis les années 1960, nous avons ghettoïsé ces personnes venues de l'autre côté de la Méditerranée au lieu de les intégrer. Je ne parle pas d'assimilation : je sais ce que veut dire être libanais depuis que je suis français !

On produit de nouvelles idées à n'en plus finir, mais les solutions sont déjà là : nous avons la loi et la Constitution. On parle de déchéance de nationalité, mais il y a l'indignité civique. Les binationaux qui professent ne pas aimer la France, point n'est besoin de les déchoir : ils se sont eux-mêmes déchus.

La rupture a eu lieu à l'école. Il appartient aux maîtres d'instruire et aux parents d'éduquer, mais les parents n'éduquent plus ; on demande alors aux maîtres d'éduquer, et ils n'ont plus le temps d'instruire... d'autant que les parents s'en mêlent. J'ai essuyé de sévères reproches de mes jumelles pour leur avoir dit que le professeur avait toujours raison !

En France, nous formons des imams à l'Institut catholique de Paris : c'est marcher sur la tête ! Formons les agents des collectivités territoriales chargés de la diversité non pas aux religions, mais à leur histoire. On ne saurait aborder le Quattrocento italien sans connaître l'histoire de l'Église, et il en va de même avec le judaïsme et l'Islam. Il est temps de redevenir ce que nous avons toujours été : les meilleurs islamologues et orientalistes au monde. À vous, représentants de la Nation, on ne saurait assigner un devoir d'universalisme, mais nous devons vous donner les moyens d'appréhender les problèmes actuels. Nous sommes en guerre et nous n'en avons pas conscience.

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Contre un État autoproclamé et non reconnu, un mouvement radical qui, fait sans précédent, s'est territorialisé et doté d'un chef, de ministres, de délégués régionaux et locaux. Il a revendiqué un acte de guerre contre la France, légitimant par ce fait notre riposte du point de vue du droit international. Puisqu'il nous menace, de surcroît, de recommencer à travers nos propres moyens de communication, il faut le combattre ; même si, en tant que république démocratique, il est difficile de le faire tout en restant fidèles à nous-mêmes.

Debut de section - PermalienPhoto de Nathalie Goulet

Pensez-vous que cette mission d'information soit une bonne initiative ? Quelle serait votre première préconisation pour remédier au manque d'éducation ? Enfin, que faire pour que l'Islam ait sa place dans la République ?

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

D'abord, reconstruire la citoyenneté, en commençant par l'école où l'on découvre l'altérité, le respect de l'autre tel qu'en lui-même, qui n'est pas la tolérance. La tolérance, c'est supporter quelqu'un, c'est se mettre une marche au-dessus de l'autre. Comment respecter quelqu'un sans le reconnaître, comment reconnaître sans connaître ? Saint-Exupéry disait que la différence enrichit. Qui a lu le Coran, qui peut le mettre en perspective et enseigner l'histoire de l'Islam à ses enfants ? J'ai écrit une Brève histoire de l'islam pour les institutrices à qui le Gouvernement a demandé d'enseigner cette histoire sans les former.

Ensuite, il faut intégrer les musulmans dans la population au lieu de les ghettoïser. J'ai vu l'une de mes étudiantes sortir un voile de son sac en arrivant à Saint-Denis : une bande se trouvait là ; en passant devant eux, m'a-t-elle dit, je me ferais insulter si je ne portais pas de voile. C'est très grave ! Beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école parce que les parents ont démissionné. Il faut reprendre dès le début, appliquer la loi républicaine. Nous ne sommes plus dans la situation de 1905, où l'Église était omnipotente. La laïcité doit être englobante là où les religions sont en train de délier les liens sociaux.

Inutile de se lancer dans des acrobaties intellectuelles : la définition de la laïcité est simple. C'est le droit de croire ou de ne pas croire et la reconnaissance de l'agnosticisme et de l'athéisme. La foi est une démarche de l'intime, alors que la religion est l'organisation temporelle d'une communauté qui implique un pouvoir. Il n'y a pas de juifs et de musulmans de France, mais des citoyens français dont la confession ne regarde qu'eux-mêmes. Dans mon pays d'origine, lorsque j'ai voulu inscrire ma fille, le préposé m'a demandé ma confession. Comme je me récriais, il m'a expliqué que c'était la loi. Nous nous sommes battus vingt-sept ans pour obtenir le retrait de la mention de la confession de la carte d'identité. Combien de coups de boutoir la laïcité a-t-elle reçus !

Debut de section - PermalienPhoto de Fabienne Keller

C'est un honneur de vous recevoir. Vous n'ignorez pas qu'en terre concordataire, les relations entre les Églises et le pouvoir sont codifiées. Depuis de longues années, nous avons en Alsace une journée du patrimoine juif, initiative du Conseil de l'Europe pour lever les ignorances et le rejet. Que penseriez-vous d'une journée d'histoire des religions pour développer le dialogue inter-religieux et la reconnaissance de l'autre ?

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Sollicité par une mairie des Hauts-de-Seine à l'occasion de la construction d'un lieu de culte musulman, je lui ai conseillé d'y adjoindre une salle culturelle dédiée au patrimoine islamique. La notion de dialogue inter-religieux me hérisse : quand deux personnes qui ont une foi différente discutent, elles tentent, assez naturellement, de convaincre l'autre en un échange dont un non-croyant est par définition exclu. Demander comment l'autre vit, comment il pratique sa religion, cela s'appelle le dialogue interculturel. C'est ce que j'ai compris à quatorze ans, quand je draguais les filles à la sortie de la mosquée le vendredi, de la synagogue le samedi et de l'église le dimanche !

Debut de section - PermalienPhoto de Fabienne Keller

Après douze ans d'existence, le CFCM ne représente plus, de l'avis général, la diversité de l'Islam français. Les droits de vote sont proportionnés à la surface d'occupation en mètre carré, c'est très frustre... Avez-vous des pistes pour une coordination des cultes susceptible de jouer le rôle d'interlocuteur des pouvoirs publics ?

Quelle est votre analyse de l'impact du financement étranger, en particulier saoudien et marocain, des mosquées en France ?

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Le Maroc a un commandeur des croyants en la personne du roi. Le souverain actuel, Mohammed VI, s'est fait un nom en chapitrant le Parlement, trop lent à élaborer un projet de monarchie constitutionnelle. Le problème est ailleurs. Lorsque le gouvernement, dirigé par des islamistes légitimistes, rase un bidonville, un autre le remplace dans la semaine. Le lumpenproletariat qui vit en marge des grandes villes est un danger plus grave que les islamistes illégitimistes, qui ont recueilli 0,7 % des voix aux dernières élections.

Le Qatar et l'Arabie saoudite sont les deux seuls États se réclamant du wahhabisme, selon laquelle rien de nouveau après le Prophète ne saurait être accepté. Ils pratiquent une islamisation à la fois par le bas et par le haut. Après avoir financé l'État islamique, ils se sont retrouvés dans la situation de l'arroseur arrosé. Il y a désormais des attentats dans les grandes banlieues d'Arabie saoudite.

Le salafisme croît parce qu'il est populaire ; mais d'un autre côté il est aussi en train de perdre du terrain. L'Arabie saoudite se sent aujourd'hui encerclée par l'Iran via la Syrie et le Yémen. L'Iran est devenu une puissance méditerranéenne grâce aux Américains ; il est aussi une fenêtre sur le Pakistan, la mer Caspienne, l'Asie centrale et le Caucase. Partenaire incontournable, l'Iran est le Vatican du chiisme, si j'ose dire, alors que l'Arabie saoudite voit sa qualité de Vatican du sunnisme contestée par la Turquie et l'Égypte.

Dominique de Villepin avait créé une fondation qui devait contrôler le culte, sans résultats visiblement. Cela devrait pourtant fonctionner par le biais de la finance islamique. Ce dispositif contourne l'interdiction du taux d'intérêt mais oblige les banques à accompagner ceux qu'elles financent dans leur développement. On ne demande pas à l'emprunteur des garanties, mais une association dans son projet, par exemple en lui donnant une machine en leasing ou en prenant des actions. Voilà un moyen de contrôler les financements et, par leur intermédiaire, les fondations islamiques.

Debut de section - PermalienPhoto de Roger Karoutchi

Vous incarnez la culture ; vous avez évoqué la démission de l'école, des parents, de la République, de l'État qui a manqué l'intégration et se trouve dans une situation qu'il ne sait pas gérer. Mais les quelque 6 ou 7 millions de musulmans en France ne sont pas tous les héritiers des Omeyyades du califat de Cordoue. Notre modèle d'intégration ou d'assimilation fonctionne-t-il encore ? Il faut le prouver ou en changer. Nous ne pouvons pas nous permettre que 10 % de la population ne se considère pas partie intégrante de la France. Comment sortir de la fracture ?

Le royaume du Maroc, avec lequel je ne cache pas mes liens, a condamné, par la voix de l'association des oulémas, l'extrémisme et le djihadisme. Le roi a fait inscrire dans la constitution du pays la tradition juive et l'apport chrétien. En France, les prises de position courageuses de certains imams après les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre n'ont pas été suivies d'une mobilisation de l'ensemble de la communauté musulmane.

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Au Maroc, la parité hommes-femmes a été voulue par le roi et votée par le Parlement malgré les oulémas. Aujourd'hui, les victimes de l'État islamique autoproclamé sont d'abord les musulmans. La majorité silencieuse a peur ; je le ressens dans les lycées - j'ai fait 143 conférences en province en 2015. Nous devons redevenir des citoyens, dans un sens qui transcende l'appartenance identitaire. Nous avons décidé que quelqu'un devait représenter la communauté musulmane ; mais le Prophète a dit : « Seuls ceux qui possèdent le savoir ont le droit d'interpréter ». Il ne s'agit pas des philosophes, mais des juristes-théologiens, de moins en moins nombreux et suscitant peu l'intérêt des médias. On préfère les barbus qui insultent la France...

Le CFCM ne représente que lui-même et une partie du courant algérien, qui est en reflux. Dans cinq à dix ans, le courant le plus représentatif sera le courant marocain, grâce au soutien du roi. Les Tunisiens sont plutôt à ranger dans la catégorie « loup solitaire ». Il y a une tendance islamiste incarnée par l'UOIF, qui est, en réalité, représentée dans tous les courants. Au départ réformatrice, cette organisation est aujourd'hui dans la ligne des Frères musulmans. Au Maroc, le rite dominant est le rite malikite : libéralisme économique à outrance, mais solidarité à toute épreuve. Il est indispensable de connaître les différents courants, qu'ils soient salafistes ou djihadistes. Je signale en passant que djihad signifie « effort » et non « guerre ».

Je fais des conférences tous les deux mois dans les prisons ; je fais partie de la réserve citoyenne des lycées et de la Marine. Je m'en félicite, car c'est le signe que les gens ont besoin de comprendre. Être citoyen, c'est être co-responsable de la cité, co-solidaire. Voilà notre modèle.

Debut de section - PermalienPhoto de Corinne Feret

Je vois que Mme Feriel Alouti, que nous avons entendue tout à l'heure, souhaiterait réagir. Pour la bonne information de notre mission, je vais l'inviter à reprendre très brièvement la parole.

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Fériel Alouti

Merci madame la Présidente. Monsieur Sfeir déplore un manque de citoyenneté chez les musulmans mais gardons à l'esprit que dans certaines élections, l'abstention atteint 50 %, signe que le manque d'engagement des Français est tout autant en cause.

On parle d'éducation, mais comment oublier que les élèves de certaines écoles sont tous issus de l'immigration, habitent tous les mêmes quartiers ? Dans des cités marseillaises, les Gitans ont été rassemblés dans des tours afin de faire émerger des leaders et d'éviter les conflits. C'est aussi cela qu'il faudrait changer.

Debut de section - PermalienPhoto de Evelyne Yonnet

En France, on a permis l'installation d'écoles musulmanes, juives, dont une partie est financée par l'Éducation nationale. En Seine-Saint-Denis, où l'on trouve des Loubavitch, des musulmans, des écoles confessionnelles en dehors du système public, parler de laïcité est compliqué. La banlieue, dans les années 1960, était le réceptacle de l'arrière-ban. Les populations qui y ont été accueillies ont désormais peur. Dans ma ville, 73 % de 25 000 inscrits ne votent pas. N'est-ce pas un problème de reconnaissance de la citoyenneté ?

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Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

J'ai évoqué une ghettoïsation. Il faut responsabiliser ces populations. En 2005, lors de ce qu'on a appelé pompeusement les « émeutes », le ministre de l'intérieur a parlé de faire intervenir les grands frères dans les cités, essentiellement des grands frères musulmans ! Les jeunes n'en voulaient pas. Le drame des jeunes musulmans français est qu'ils ne connaissent ni l'Islam ni la langue arabe. L'un d'entre eux m'a dit un jour : « Nous ne voulons pas être différents ; nous voulons être comme vous. »

En 1984, j'ai battu le pavé pour l'école dite « libre », avec ce sous-entendu que l'école publique ne l'était pas - formidable opération de communication ! Aujourd'hui, je crois qu'il faut revenir à Jules Ferry et au petit père Combes, à la promotion de la notion d'instruction publique. Rebâtissons ces écoles d'excellence qui ont essaimé dans le monde entier à travers l'Alliance française et la Mission laïque, dont on a rogné les ailes pour des économies de bout de chandelle.

Debut de section - PermalienPhoto de Evelyne Yonnet

Les écoles privées sont surtout catholiques. Comment redonner de la citoyenneté à nos frères musulmans ? Comment mettre en place des rythmes scolaires adaptés pour les enfants en échec scolaire, leur ménageant la possibilité de faire de la musique, du théâtre ou du dessin ? Dans nos villes, l'échec scolaire atteint 57 %.

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Aux Pays-Bas, dix campus ont été construits dans les plus grandes villes, pour un coût unitaire de 150 millions d'euros. Chacun reçoit deux cents étudiants en musique, en arts plastiques, mais aussi des fraiseurs et des zingueurs. Les professeurs viennent du monde de l'entreprise. Au bout de trois ans, plus de 85 % des étudiants trouvent un CDI. Cette piste mérite d'être creusée.

Debut de section - PermalienPhoto de Michel Amiel

Les religions révélées n'ont pas toujours véhiculé la tolérance. Après une période brillante, comment expliquez-vous que l'Islam pose problème aujourd'hui ?

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Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

Simple décalage historique. Demandez-le aux juifs et musulmans de Jérusalem lorsque les croisés l'ont prise en 1095, aux orthodoxes au moment du sac de Constantinople en 1204... Je rêve que Dieu tue les religions pour sauver la foi. En tant que républicains, laïcs et citoyens, défendons une laïcité englobante qui donne l'envie de vivre ensemble dès l'école plutôt que d'en faire une religion de plus.

Debut de section - PermalienPhoto de Nathalie Goulet

La rupture du lien citoyen pose aussi le problème de l'exemplarité de la classe politique... Que pensez-vous des statistiques ethniques ?

Debut de section - Permalien
Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient

L'appartenance ethnique ou religieuse de mes concitoyens ne me regarde pas. Dès lors que l'on croit dans ce modèle républicain, on ne peut pas les accepter, pas plus que la discrimination positive. Il ne s'agit pas d'être positif ou négatif, mais d'être citoyen français.

Le compte rendu sera publié ultérieurement.