Interventions sur "prostituée"

373 interventions trouvées.

Photo de Laurence RossignolLaurence Rossignol :

...ll, qui se tenait en 2006 en Allemagne, pays où la prostitution est légale et réglementée depuis 2002. On avait alors vu s'ouvrir à Berlin des « Eros Center » et on avait observé que la légalisation et l'encadrement de la prostitution avaient eu pour conséquence un accroissement spectaculaire de l'achat de services sexuels au moment de la Coupe du monde, ainsi qu'une hausse du nombre de personnes prostituées. Elles n'étaient pas seulement sorties de l'invisibilité et de la clandestinité : leur nombre augmentait, avec l'apport d'une « main-d'oeuvre » étrangère particulièrement précaire. À partir de là, ce fut un très long combat, qui aboutit en 2016 grâce à l'adoption de la loi. Michelle rappellera les étapes de son examen parlementaire. On distingue schématiquement trois postures sur la question ...

Photo de Marie-Pierre MonierMarie-Pierre Monier :

...nous créer un collectif pour être entendus ? Nous ne disposons que d'un délai très bref pour agir. Si la prostitution est un métier, dans quelles écoles l'apprend-on ? Quelle est la formation ? Quels sont les diplômes ? Je veux bien qu'on m'éclaire ! Les implications d'une éventuelle abrogation de la loi seraient terribles. L'un des arguments avancés par les détracteurs de la loi est que les prostituées payent l'impôt. Mais nous le voyons bien dans nos communes, le fait que des constructions soient illégales n'empêche pas que l'on prélève l'impôt sur ces bâtiments ! Comment pouvons-nous participer au débat sur la QPC ?

Photo de Dominique VérienDominique Vérien :

Pourquoi les associations ayant déposé la QPC militent-elle pour abroger la loi ? D'un côté, la loi produit ses effets, puisqu'il semblerait qu'elle tarisse la demande. Mais d'un autre côté, les opposants à la loi parlent d'un danger accru pour les personnes prostituées. Les réticences ne viennent-elles pas du fait que la loi ne va pas assez loin dans le volet « réinsertion professionnelle » ? Quant à la liberté d'entreprendre, invoquée par les auteurs de la QPC, cela ne nous viendrait pas à l'esprit de justifier le trafic de drogue par ce principe...

Photo de Françoise LabordeFrançoise Laborde :

...pas mesuré toutes les implications. Je peux témoigner que les débats internes aux groupes politiques ont été vifs. Ce fut le cas au RDSE. Nous avons reçu les différentes associations qui militaient contre le texte en préparation et qui contestaient le principe de pénalisation du client. Je n'imaginais pas que les opposants à la loi iraient jusqu'à déposer une QPC... Comment peut-on dire que les prostituées ressentent du plaisir dans une relation sexuelle tarifée ? C'est une énormité ! Ce type de raisonnement peut aller très loin : il n'est pas sans incidence sur la manière dont on appréhende, par exemple, les relations sexuelles entre un adulte et un jeune mineur. Il y a encore du travail à mener sur l'éducation des enfants, sur le respect du corps des femmes. Gardons-nous de tout ce qui pourra...

Photo de Marta de CidracMarta de Cidrac :

...ans laquelle elles se trouvent ? Je souhaitais créer des logements dans mon département pour les accueillir, mais nous n'avons rien pu mettre en place. Les maires étaient d'accord, mais nous avons été rattrapés par des questions de fiscalité et d'urbanisme. Personnellement, je pense que nous nous trompons de stratégie en risquant de stigmatiser les hommes. En revanche, le fait que les personnes prostituées subissent une violence est à mon avis un argument audible. Il faut nous mobiliser pour les réinsérer dans la société, mais c'est très compliqué au niveau local.

Photo de Laure DarcosLaure Darcos :

J'ai suivi le processus législatif d'adoption de cette loi avec Maud Olivier, alors députée de l'Essonne, qui s'y est grandement impliquée. La première réflexion que ce texte m'a inspirée est que certaines de ses dispositions allaient mettre les prostituées en danger. Les clients, pour éviter d'être verbalisés, les amèneraient à exercer dans des endroits isolés où elles risqueraient de subir des violences. J'ai entendu des personnes prostituées dire qu'elles assument leur activité et affirmer qu'elles l'exercent de manière indépendante, et non sous la coupe d'un proxénète. J'ignore en revanche quelle proportion elles représentent et si ces femmes...

Photo de Michelle MeunierMichelle Meunier :

Ces observations et interrogations ont été largement reprises, notamment par l'association Médecins du Monde pendant le long processus législatif de plus de deux années. La situation des personnes prostituées était-elle meilleure avant l'adoption de la loi du 13 avril 2016 ? Je ne le pense pas. Les dangers encourus persistent, le nombre de meurtres de personnes prostituées ne baisse pas, et la prostitution demeure fondamentalement une violence faite aux femmes. Si l'on veut bien se rappeler qu'un trafiquant cherche avant tout à maximiser son profit quel que soit l'objet de son trafic - drogue, médic...

Photo de Dominique VérienDominique Vérien :

Les associations à l'origine de la QPC font état d'une baisse très sensible des revenus des personnes prostituées, le nombre de clients ayant fortement diminué, ce qui témoigne de l'efficacité de cette loi ; demeurent les irréductibles, parfois violents envers les personnes prostituées.

Photo de Michelle MeunierMichelle Meunier :

Des collectivités ont installé des panneaux dissuasifs avec une signalétique appropriée rappelant l'interdiction d'achat d'actes sexuels aux clients de prostituées.

Photo de Laurence RossignolLaurence Rossignol :

Le mythe des prostituées libres et heureuses d'exercer cette activité arrange les clients ! L'achat de services sexuels revient à considérer que le corps des femmes est à la disposition des hommes et que leur désir n'a pas d'importance. Je ne connais aucune prostituée qui souhaite voir ses enfants le devenir, à la différence des avocats, médecins ou professeurs, qui souscrivent bien volontiers à l'idée que leurs enfant...

Photo de Céline Boulay-EspéronnierCéline Boulay-Espéronnier :

Je souscris totalement aux propos de Laurence Rossignol, mais comme l'a indiqué Laure Darcos, des articles de presse se font l'écho de paroles de prostituées qui affirment jouer le rôle d'amante, voire de psychologue, auprès de clients qui ne trouveraient plus leur épanouissement sexuel dans leur couple. De tels articles légitiment au sein du public la prostitution et battent en brèche le travail législatif qui a été effectué sur ce sujet. Comment faire ?

Photo de Laurence RossignolLaurence Rossignol :

...rces de police de points d'entrée dans les réseaux : les enquêteurs m'ont confirmé que cette loi était très utile, en particulier pour lutter contre la prostitution des mineurs. L'objectif des associations telles que le STRASS ou Médecins du Monde, qui sont à l'origine de la QPC, est d'instaurer le réglementarisme comme en Allemagne ou en Hollande, où la prostitution est légalisée. Les personnes prostituées y sont des « travailleurs sexuels » disposant d'un statut et dont l'activité est encadrée dans des « Eros Center ». Ce qu'il faut comprendre, c'est que la légalisation conduit paradoxalement à l'explosion du business, car les clients en quête de transgression se tournent davantage vers la prostitution illégale impliquant des mineurs ou des prostituées étrangères victimes de la traite des êtres...

Photo de Laurence RossignolLaurence Rossignol :

...de drogue et celui des armes - les trois étant d'ailleurs interconnectés. Un autre groupe de pression contre la loi réunissait des associations dont je me désolais de constater la position, et qui s'expriment encore aujourd'hui contre la loi et contre le parcours de sortie. Ces associations comprennent le Planning familial ou Médecins du monde. Elles affirment que la loi fragilise les personnes prostituées. Elles cherchent en outre à dissocier le volet social du volet pénal alors que nous les considérons comme complémentaires. De surcroît, un courant de pensée se répand actuellement sur divers autres sujets, de manière cohérente, autour de l'idée que les femmes, puisqu'elles peuvent disposer librement de leur corps, peuvent aussi bien porter tous les signes extérieurs de soumission que se prosti...

Photo de Laurence CohenLaurence Cohen :

...faire voter cette loi, qui marque une nette rupture avec la culture du patriarcat selon laquelle la prostitution est le plus vieux métier du monde. Toutefois, deux ans après ce vote, nous devons admettre que les changements ne sont pas encore passés dans les mentalités de notre pays. Certaines associations le démontrent à travers des propos parfois violents qui visent à prouver que la loi met les prostituées en danger au lieu de les protéger et qu'elle contribue à faire en sorte que ces personnes se dissimulent. J'estime par conséquent qu'il importe de mieux faire connaître la situation des personnes prostituées. En outre, il nous incombe de réfléchir au rôle que peut jouer notre délégation. De quelle manière pouvons-nous contribuer à mettre en lumière les témoignages que vous avez partagés avec n...

Photo de Laurence RossignolLaurence Rossignol :

...e protection des mineurs (BPM) ont eux aussi explosé. Elle compte ainsi quatre-vingt-dix affaires de prostitution des mineurs en 2017 contre vingt-cinq en 2014. Cette évolution est analysée comme un « syndrome Zahia ». Ces jeunes femmes affirment qu'elles sont libres, or il se trouve toujours un proxénète dans leur entourage. La loi de 2016 permet d'ailleurs également de pénaliser les clients des prostituées mineures : elle prévoit en effet une infraction spécifique à l'achat de services sexuels de personnes mineures.

Photo de Michelle MeunierMichelle Meunier, rapporteur de la commission spéciale sur la lutte contre le système prostitutionnel :

...contre ce que notre délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes a très justement appelé « la plus vieille violence du monde faite aux femmes ». Selon moi, cette longue maturation aura été très profitable, puisqu’elle aura permis que soient portés à la connaissance de la représentation nationale des éléments très précis sur la situation des personnes prostituées et sur les relations étroites du phénomène de la prostitution avec d’autres aspects de la grande criminalité et des réseaux mafieux, tels que la traite des êtres humains ou encore l’exploitation des migrantes. La réflexion, très complète, que nous avons menée et les débats, très riches, qui se sont tenus en commission spéciale comme en séance publique ont ainsi permis d’éloigner la discussion d...

Photo de Laurence CohenLaurence Cohen :

Je sais, madame la ministre, que vous aurez vous aussi à cœur de continuer à porter ce combat pour lequel vous êtes engagée depuis 2006, comme vous venez de le souligner. Nous arrivons donc au terme de cet examen, avec de réelles avancées qui vont permettre de mieux accompagner les personnes prostituées victimes de traite des êtres humains et de réseaux mafieux, et de leur venir en aide. C’est une très bonne chose, conforme au positionnement abolitionniste de la France ratifié depuis plus de cinquante ans. Être abolitionniste, faut-il le rappeler ici, c’est ne pas stigmatiser, criminaliser les personnes prostituées reconnues d’abord et avant tout comme des victimes. Je tiens donc à exprimer m...

Photo de Laurence CohenLaurence Cohen :

En quoi cette mesure devrait-elle échapper à cette règle ? Osons franchir ce cap et impliquer le troisième acteur du système prostitutionnel ! Je sais que quelques associations et même le Défenseur des droits affirment que la pénalisation des clients va accroître la précarité et l’isolement des prostituées. Mais les personnes prostituées sont déjà précarisées et isolées. Il faut agir de façon globale et cohérente ! Un autre argument, que je veux combattre ici, serait qu’en pénalisant l’acte tarifé la prostituée se retrouve complice de ce délit. J’attire votre attention, mes chers collègues, sur le fait que c’est refuser, au fond, de voir les prostituées comme des victimes. Or, dès lors qu’il s’...

Photo de Esther BenbassaEsther Benbassa :

... renforçant la lutte contre le système prostitutionnel. Tout au long du processus parlementaire, chacun aura eu l’occasion de faire valoir ses convictions sur un sujet qui est apparu pour le moins passionnel. Je ne reviendrai donc pas ici sur chaque disposition. J’ai eu de nombreuses occasions de le dire devant vous, mes chers collègues, ce texte contient de bonnes mesures, utiles aux personnes prostituées. Je pense surtout à l’abrogation du délit de racolage, qui est enfin acquise. Je crois que chaque parlementaire investi sur ce texte a eu à cœur la protection effective des droits des personnes prostituées, la protection de leur santé et de leur sécurité. Mais chacun a son idée du chemin qu’il faut emprunter et certains ici, ainsi qu’une majorité de nos collègues députés et le Gouvernement, est...